Devenir famille d’accueil, c’est obtenir un agrément d’assistant familial auprès du président du conseil départemental. Il est délivré pour cinq ans, autorise l’accueil de trois enfants au plus, et la décision doit tomber dans les quatre mois. Aucun diplôme n’est exigé pour se lancer, mais la formation qui suit l’agrément a presque doublé au 1er janvier 2026, et la rémunération minimale n’est plus la même depuis 2022.
Le métier s’appelle assistant familial
« Famille d’accueil » est le mot d’usage, celui que tout le monde emploie. Le métier réglementé, celui qui figure dans le code de l’action sociale et des familles et sur la fiche de paie, porte un autre nom : assistant familial. Il désigne la personne qui accueille chez elle, de façon permanente, des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans confiés le plus souvent au titre de la protection de l’enfance.
Deux métiers voisins portent des noms proches et n’ouvrent pas le même agrément. L’assistant maternel garde de jeunes enfants à la journée et rentre chez lui le soir sans eux. L’accueillant familial reçoit des personnes âgées ou en situation de handicap, avec un agrément distinct et une rémunération construite autrement. Se tromper de dossier au moment de la demande fait perdre plusieurs mois.
Le métier se raréfie. Fin 2024, les départements employaient 34 200 assistants familiaux, en baisse pour la troisième année consécutive selon la direction statistique des ministères sociaux. Dans le même temps, le nombre d’enfants confiés augmente. C’est la raison pour laquelle presque tous les départements recrutent en continu, et pourquoi une candidature sérieuse est attendue plutôt que redoutée.
Les conditions pour être agréé
Le code pose trois exigences : présenter les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel et affectif, passer un examen médical attestant que son état de santé permet d’accueillir des enfants, et disposer d’un logement dont l’état, les dimensions, les conditions d’accès et l’environnement permettent d’assurer leur bien-être et leur sécurité.
Un référentiel national détaille ce que le service de protection maternelle et infantile vérifie derrière ces formules. Il porte sur les capacités éducatives du candidat, sa compréhension du rôle et de ses responsabilités, sa capacité à travailler avec une équipe pluridisciplinaire et à respecter le secret professionnel, la maîtrise du français oral, la disponibilité, et la sécurité concrète du domicile : chauffage, aération, protection des escaliers et des fenêtres, rangement des produits dangereux, environnement immédiat, présence d’animaux, point d’eau à proximité.
Aucun diplôme n’est demandé à l’entrée, et c’est une particularité rare parmi les métiers du social. La qualification s’acquiert après, en cours d’emploi, pendant les trois premières années.
L’honorabilité concerne tout le foyer
Le président du conseil départemental demande lui-même l’extrait de bulletin n° 2 du casier judiciaire du candidat, et celui de chaque majeur vivant au domicile. Ce point surprend souvent les familles : l’agrément ne juge pas une personne seule, il juge un foyer.
S’y ajoute désormais l’attestation d’honorabilité, délivrée par un service de l’État après vérification du casier et du fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes. Elle doit dater de moins de six mois au moment où elle est présentée, se renouvelle au moins tous les cinq ans pendant l’exercice, et l’employeur la contrôle tous les trois ans. Sans elle, le département ne peut pas délivrer l’agrément, et un employeur ne peut pas recruter. Comptez environ quinze jours pour l’obtenir : c’est la première démarche à lancer, avant même de remplir le dossier.
La demande, du dossier à la décision
La procédure est identique partout, seuls les interlocuteurs changent de nom d’un département à l’autre.
- La réunion d’information. Le département en organise régulièrement. Elle n’est pas une formalité : c’est là que se dit la réalité du métier, et le service note qui est venu.
- Le dossier. Le formulaire officiel porte le numéro 13395*02. S’y joignent une copie d’une pièce d’identité, le certificat attestant de l’examen médical et, pour les ressortissants hors Union européenne, le titre de séjour autorisant l’activité professionnelle.
- Les pièces que le service peut réclamer en plus. Les certificats d’entretien annuel du chauffage et de l’eau chaude, le constat des risques d’exposition au plomb pour un logement construit avant 1949, la note technique d’une piscine privative non close.
- Les entretiens et les visites à domicile. Plusieurs rendez-vous, dont au moins un chez vous, avec l’ensemble du foyer. C’est le cœur de l’instruction.
- La décision. Quatre mois à compter de la réception du dossier complet, prorogeables de deux mois. Le silence de l’administration vaut accord, et tout refus doit être motivé.
Le point de départ du délai n’est pas l’envoi du dossier mais sa réception complète. Une pièce manquante ne suspend pas les quatre mois : elle les fait commencer plus tard. Envoyez le dossier en recommandé avec accusé de réception et gardez la preuve de dépôt, c’est elle qui fait foi si le délai est dépassé.
L’attestation d’agrément précise le nombre de mineurs que vous êtes autorisé à accueillir. Il ne peut pas dépasser trois à titre permanent et continu, jeunes majeurs de moins de vingt et un ans compris, sauf dérogation accordée à titre exceptionnel par le président du conseil départemental pour répondre à un besoin particulier. L’agrément d’assistant familial est accordé pour cinq ans et se renouvelle.
La formation a presque doublé au 1er janvier 2026
C’est le changement le plus important de ces dernières années, et la plupart des pages qui décrivent le métier annoncent encore les anciennes durées. Un décret du 1er avril 2025 a refondu la formation et le diplôme d’État d’assistant familial.
420 h La durée de la formation obligatoire depuis le 1er janvier 2026, contre 240 heures auparavant. Le stage préalable à l’accueil du premier enfant est passé, lui, de 60 à 100 heures au 1er juillet 2025.
Le parcours se déroule en deux temps. Dans les deux mois qui précèdent l’arrivée du premier enfant, l’employeur organise un stage préparatoire de cent heures, sanctionné par une attestation, et un référent professionnel vous est désigné pour toute la durée du parcours. Ce référent ne doit ni suivre professionnellement les enfants qui vous sont confiés, ni avoir de lien hiérarchique avec vous : la loi sépare volontairement le suivi de l’accueil et l’accompagnement du professionnel.
Puis, dans les trois ans qui suivent le premier contrat de travail, vient la formation de quatre cent vingt heures, en alternance avec l’accueil. L’employeur en assume le coût et organise la prise en charge de l’enfant pendant les heures de formation. Elle prépare au diplôme d’État d’assistant familial, désormais organisé en quatre blocs de compétences et classé au niveau 4 du cadre national des certifications, soit le niveau du baccalauréat.
Deux régimes transitoires existent pour ceux qui étaient déjà engagés. Une formation commencée avant le 1er janvier 2026 peut s’achever sous l’ancien régime jusqu’au 31 décembre 2027, et une validation des acquis de l’expérience engagée avant cette même date jusqu’au 31 mai 2027. Les titulaires de certains diplômes, dont ceux d’auxiliaire de puériculture, d’éducateur de jeunes enfants, d’éducateur spécialisé ou de puéricultrice, sont dispensés de la formation.
Pendant le stage préparatoire, alors qu’aucun enfant n’est encore accueilli, la rémunération ne peut pas être inférieure à cinquante fois le SMIC horaire par mois, soit 615,50 € bruts au barème en vigueur.
Ce que vous gagnez, et comment c’est construit
La rémunération d’un assistant familial n’a pas de montant unique, parce qu’elle est bâtie en parts : autant de parts que d’accueils prévus au contrat de travail. C’est ce qui rend la question « combien gagne une famille d’accueil » impossible à trancher d’un seul chiffre.
Part du premier accueil = SMIC mensuel · Chaque accueil supplémentaire = 70 × SMIC horaire
La part du premier accueil ne peut pas être inférieure au SMIC mensuel. C’est le changement issu de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, applicable depuis le 1er septembre 2022 : avant cette date, un assistant familial qui n’accueillait qu’un seul enfant pouvait être payé sous le salaire minimum.
| Enfants accueillis | Calcul | Minimum brut mensuel |
|---|---|---|
| 1 enfant | SMIC mensuel | 1 867,02 € |
| 2 enfants | SMIC mensuel + 861,70 € | 2 728,72 € |
| 3 enfants | SMIC mensuel + 1 723,40 € | 3 590,42 € |
Ces montants sont des planchers, calculés sur le SMIC en vigueur depuis le 1er juin 2026, soit 12,31 € de l’heure et 1 867,02 € par mois. Beaucoup de départements versent davantage. Quand l’enfant est accueilli de façon intermittente et non continue, la règle change : la rémunération ne peut alors être inférieure à 5,06 fois le SMIC horaire par enfant et par jour, soit 62,29 €.
L’indemnité d’entretien n’est pas du salaire
À la rémunération s’ajoutent des indemnités destinées à l’entretien de l’enfant. Leur montant ne peut pas être inférieur à 3,5 fois le minimum garanti par jour et par enfant, soit 15,23 € au barème en vigueur, et il peut être modulé selon l’âge. Sur un mois plein, cela représente environ 457 € par enfant.
Ce n’est pas un complément de salaire, et le confondre avec la paie fausse tous les calculs. Cette indemnité couvre la nourriture, l’hébergement, l’hygiène, les loisirs familiaux et les déplacements de proximité. Elle ne couvre pas l’habillement, l’argent de poche, les activités culturelles ou sportives spécifiques, les vacances ni les fournitures scolaires, qui relèvent du projet individualisé de l’enfant et sont pris en charge à ce titre.
Un troisième élément peut s’ajouter selon l’employeur : l’indemnité issue des accords Ségur, dont les assistants familiaux relèvent avec des règles qui leur sont propres. Le détail se trouve dans notre test d’éligibilité à la prime Ségur.
Ce que les annonces de recrutement ne disent pas : les périodes sans enfant
C’est le point le plus souvent découvert après coup, et il change la lecture des montants ci-dessus. La rémunération suit les accueils réels, pas le contrat.
Lorsque l’employeur confie moins d’enfants que le contrat n’en prévoit, il verse pour les accueils non réalisés une indemnité qui ne peut pas être inférieure à 80 % de la rémunération prévue au contrat, indemnités d’entretien exclues. Un assistant familial agréé pour trois enfants qui n’en accueille qu’un ne touche donc pas trois parts pleines, mais une part et deux fractions à 80 %.
Le code fixe ensuite une limite dans le temps : au bout de quatre mois consécutifs sans aucun enfant à confier, l’employeur doit reprendre le versement de la totalité du salaire, à moins d’engager un licenciement. C’est une protection réelle, mais elle dit aussi ce qu’est le risque du métier : l’activité dépend des placements décidés par le service, et une longue période creuse peut se terminer par une rupture du contrat.
Enfin, la rémunération cesse d’être due lorsque l’enfant quitte définitivement le domicile. C’est une règle à connaître avant de bâtir un budget familial sur ces montants.
Ce qui dépend de votre département
Tout ce qui précède est national : l’agrément, ses conditions, ses délais, la formation, le plancher de rémunération et le principe des indemnités. Ce qui varie d’un département à l’autre commence juste au-dessus de ces planchers, et l’écart peut être important.
La raison est écrite dans le code : quand l’employeur est le département, ce qui est le cas de la très grande majorité des assistants familiaux, les indemnités sont fixées par délibération du conseil départemental. Le niveau réel de rémunération au-dessus du minimum légal, le montant exact de l’indemnité d’entretien, les majorations pour accueil difficile ou pour sujétions particulières, l’éventuelle prime d’installation et les modalités d’accompagnement relèvent donc d’un texte local.
Conséquence pratique : la seule réponse fiable à « combien vais-je gagner » se trouve dans la délibération de votre conseil départemental. C’est un document public. Demandez-le au service de l’aide sociale à l’enfance en même temps que le dossier d’agrément, en le nommant précisément : la délibération fixant la rémunération et les indemnités des assistants familiaux. Un service de recrutement sérieux vous la donne sans difficulté, et la lire avant l’entretien change la nature de la conversation.
Nous ne publions pas de tableau des rémunérations département par département tant que nous n’aurons pas vérifié chaque délibération à la source. Les montants qui circulent d’un site à l’autre sont le plus souvent d’anciennes valeurs recopiées. Envoyez-nous celle de votre département si vous l’avez : nous la vérifions et nous la publions avec sa référence.
Questions fréquentes
Faut-il un diplôme pour devenir famille d’accueil ?
Non. Aucun diplôme n’est exigé pour demander l’agrément d’assistant familial. La qualification s’acquiert ensuite en cours d’emploi : cent heures de stage avant l’accueil du premier enfant, puis quatre cent vingt heures de formation dans les trois ans suivant le premier contrat, qui préparent au diplôme d’État d’assistant familial.
Combien de temps faut-il pour obtenir l’agrément ?
Le président du conseil départemental dispose de quatre mois à compter de la réception du dossier complet, délai prorogeable de deux mois. Passé ce délai sans réponse, l’agrément est réputé accordé. En pratique, il faut ajouter le temps de la réunion d’information préalable, de l’examen médical et de l’attestation d’honorabilité, soit environ quinze jours pour cette dernière.
Combien gagne une famille d’accueil pour un enfant ?
Au minimum le SMIC mensuel, soit 1 867,02 € bruts, depuis le 1er septembre 2022. S’y ajoute l’indemnité d’entretien de l’enfant, d’au moins 15,23 € par jour, qui n’est pas du salaire mais le remboursement des frais engagés. Beaucoup de départements versent au-delà de ces planchers, selon une délibération de leur conseil départemental.
Combien d’enfants peut-on accueillir ?
Trois au maximum à titre permanent et continu, jeunes majeurs de moins de vingt et un ans compris. Le président du conseil départemental peut accorder une dérogation à titre exceptionnel, si les conditions d’accueil le permettent, pour répondre à un besoin particulier. Le nombre autorisé figure sur l’attestation d’agrément.
Que se passe-t-il si aucun enfant ne m’est confié ?
Pour les accueils prévus au contrat mais non réalisés du fait de l’employeur, celui-ci verse une indemnité au moins égale à 80 % de la rémunération prévue, hors indemnités d’entretien. Au bout de quatre mois consécutifs sans aucun enfant confié, l’employeur doit reprendre le versement de la totalité du salaire, sauf à engager une procédure de licenciement.
Toute la famille est-elle concernée par l’agrément ?
Oui. Les visites à domicile associent l’ensemble du foyer, et le conseil départemental demande l’extrait de bulletin n° 2 du casier judiciaire du candidat comme de chaque majeur vivant au domicile. L’agrément évalue des conditions d’accueil familiales, pas seulement une personne.
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Pour aller plus loin : le schéma des diplômes du travail social, où se situe le diplôme d’État d’assistant familial, et le test d’éligibilité à la prime Ségur.