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#Le Travail social 2.0, retour sur la journée du (...)



20 mars 2018


#Le Travail social 2.0 :
le numérique et le travail social

Retour sur la journée inter-promo
éducateurs spécialisés du 20 mars 2018


Le 20 mars 2018, à l’initiative des étudiants de 2e année de formation Educateur spécialisé de l’ ETSUP, s’est tenue une journée d’étude sur le Travail Social 2.0.
Richard FEAT, consultant et intervenant à l’ETSUP, a accepté le rôle de "grand témoin" que les étudiant.e.s lui ont proposé, et livre ici son compte-rendu de la journée :

Tout au long de la journée, se sont succédé des intervenant.e.s confronté.e.s à la numérisation des pratiques éducatives et institutionnelles, mais également des témoignages d’étudiant.e.s ayant expérimenté durant leurs stages l’impact des nouvelles technologies dans l’accompagnement des publics.

Le numérique, un nouveau risque professionnel ?

Après une clarification de l’évolution des pratiques numériques et ses effets possibles sur la souffrance au travail par Antoine Bondeele (INRS) suivi des témoignages de Claire et Marie, une première table-ronde a mis en évidence plusieurs problématiques.



Sur le terrain, un paradoxe

Certes, la dématérialisation des données personnelles et des dossiers permet souvent une sécurisation du suivi, notamment dans le cas des populations en errance ou très précarisées, mais également une occasion supplémentaire de fracture sociale puisque la technicité requise pour tirer avantage de ces outils suppose une disponibilité et un environnement technique minimum qui ne sont pas toujours réunis, tant chez les professionnels que chez les usagers.

Les communications de F. Radzinsky, B. Goudet, O. Boville, ont permis de remarquer qu’en l’absence d’accès régulier des usagers à ces nouvelles technologies, et compte-tenu de la pression temporelle sans cesse accrue, il n’y avait souvent guère d’autre solutions pour l’éducateur que de faire « à la place », paradoxe s’il en est dans le cadre de nos missions d’émancipation et d’autonomisation.

L’accès aux droits étant de plus en plus contingent à l’accès ET à la maîtrise du numérique, quelques intervenant.e.s évoquèrent donc cette numérisation comme un symptôme sociétal et non comme un objet à définir comme bon ou mauvais en soi. Dans cette même logique, la présentation de l’application « Entourage » par C. Duizabe [https://www.entourage.social/] fut l’occasion, pour les auditeurs, d’évoquer les risques d’ « uberisation » du travail social ainsi que les déclinaisons marchandes que la numérisation, à défaut d’encourager, à tout le moins, permet.

Digitalisation : risques et/ou opportunités

La deuxième table ronde mit en évidence les enjeux autour du volume d’informations que la digitalisation rend possible. Noémie, Pauline et Manon, à travers leur expérience de terrain, ont pu rendre compte de cette accumulation. Selon elles, deux difficultés apparaissent : la hiérarchisation de chaque donnée et la difficulté à se concentrer sur un axe de travail au milieu d’un flux incessant de nouveautés. Or, cette accumulation d’éléments n’est pas neutre quant au regard des travailleurs sociaux sur l’usager. Celui-ci se voit plus facilement mis à nu au travers de la multiplicité et la permanence des informations et actions menées à son endroit. Cette aptitude à se mouvoir dans un temps accéléré et sans cesse enrichi, marquant ou renforçant parfois un clivage au sein même des équipes. Après avoir envisagé à nouveau les risques de glissade d’un outil vers une idéologie, un témoignage de l’usage des réseaux sociaux auprès de mineurs non accompagnés a néanmoins montré que cet environnement numérique permettait de nouvelles occasions éducatives, qu’elles soient prétextes, liens, ou médiations.

Usages et pratiques des personnes accompagnées

L’après midi fut en partie consacrée à l’étude des usages généraux du numérique et des fractures qui demeurent, à travers la communication de Morgane Skowron,. A travers une typologisation des publics utilisateurs, les repérages des publics et notamment des « digital native », et de leur mode de perception et d’usage, l’assemblée a pu affiner ses regards et reconsidérer ses représentations. Ainsi, les notions d’usages récréatifs ou ludiques Versus la maîtrise des possibilités ont été mises en balance avec les effets psychiques ou cognitifs que la numérisation de l’environnement entraîne. La communication vidéo présentée par Ilham, Manon, Margaux et Fanny illustra concrètement, par la voix d’usagers eux mêmes, les possibilités et les freins que les applications pouvaient générer au quotidien. Le débat qui suivit fut l’occasion de témoignages et de réflexions quant à ces enjeux, et au partage d ‘expériences des auditeurs.

Pour clôturer cette riche journée de réflexion, je vous propose plusieurs conclusions provisoires et quelques perspectives :

Même si l’environnement change radicalement, les logiques de domination qu’évoquent Castel et Bourdieu ne changent guère et les reproductions sociales ne sont guère impactées par cette « révolution numérique ».
Certes l’accès aux connaissances n’a jamais été aussi simple, mais la masse de nouvelles connaissances n’a jamais été aussi dense. Inexorable évolution du monde, il n’y a sans doute pas de sens à être « contre » ou « pour » ; on peut, en revanche, interroger les valeurs ou représentations qu’elle entraîne comme, par exemple, ses modalités d’accès et de tri. Et ceci, plus que l’accès lui même.
Reprenant le concept d’épistémè de Foucault, il s’agit sans doute d’interroger les routines cognitives que le « tout numérique » génère. Que ce soit dans notre rapport à la subjectivité et à l’objectivité, que ce soit en matière de « performance » ou de « Bien », l’invasion des algorithmes mathématiques rigoureux et implacables, ne saurait remplacer totalement la faculté de jugement, c’est à dire la volonté de définir des priorités désirables. Non pas sur une efficacité éventuelle ou une sur-responsabilisation des plus vulnérables, mais sur un positionnement délibéré et politique sur le Bon et le Mauvais usage de la technologie.
Un métier, ici celui d’éducateur spécialisé, ne pouvant (ou ne devant) pas être constitué des seules compétences et techniques mesurables mais également de valeurs humanistes et donc politiques, dans une perspective d’émancipation de chacun dans son identité privée et publique.

C’est dans cette perspective de recherche, sur la réhabilitation du jugement, et sous les augures de Spinoza, que les étudiants de deuxième année DEES de l’ETSUP ont clos cette belle journée d’étude interpromo qui fut, de l’avis de tous, une réussite d’organisation et de pertinence.

Article écrit par Richard FEAT

Pour aller plus loin

Le "numérique" et l’incursion du "digital" dans les pratiques professionnelles et sociétales sont un sujet en permanente évolution ces dernières années, et chacun d’entre nous doit aujourd’hui jongler avec ces nouveaux usages et nouveaux outils, à différents niveaux, sans aucune certitude sur le fait que ce qui existe aujourd’hui sera encore valable demain.
La relation et la proximité relationnelle sont au coeur du travail social, et c’est sans doute pour cela que la question du "numérique" se pose pour notre secteur d’une manière toute singulière. Et si le "numérique" est très (trop ?) largement traitée dans les médias, la littérature professionnelle ou scientifique consacrée au travail social et aux usages numériques n’est pas encore très abondante.

Le centre de documentation est en veille et vous propose ici une sélection de documents récents sur le sujet, dans deux de ses dimensions :

- Numérique, dématérialisation et travail social
- Education aux médias et à internet

Pour suivre le sujet de l’inclusion numérique, vous vous signalons également le site #Les cahiers de l’inclusion numérique proposé par Emmaüs Connect et We Tech Care.






Page créée le 10 avril 2018


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